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Enquête sur le long calvaire du transport de veaux

Commerce international / Enquête sur le long calvaire du transport de veaux non-sevrés

Ce contenu est, implicitement ou non, plutôt défavorable au changement de statut des animaux en tant qu’êtres soumis aux caprices de la brutalité humaine.
Contenu issu d’un livre, d’une revue, d’un magazine
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GF
Grand Format
Reportage
Article-source publié le
 2 mai 2019
Contenu central
De nombreux organismes dénoncent les conditions de transports des veaux. (Crédits : CIWF)
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Avec son mètre quatre-vingt, Lesley Moffat ne passe pas inaperçue au milieu des badauds qui admirent les vieux gréements sur l’embarcadère de Cherbourg (Manche). Engoncée dans sa parka, elle planque depuis des heures, dans l’attente d’un ferry transportant 23 bétaillères remplies de « veaux nourrissons », c’est-à-dire de très jeunes bêtes qui ne sont pas encore sevrées.

« Le dossier des veaux de Cherbourg est sur la table des ministres de l’Agriculture français et néerlandais depuis des années mais rien ne change », peste cette grande blonde, qui préside l’ONG Eyes on Animals, elle évoque ce problème posé depuis des années aux dirigeants français et européen dans son ouvrage « La Face cachée de nos assiettes »*. Ce vendredi, elle pilote quatre équipes pour surveiller les conditions de transports de ces bovins âgés de deux à trois semaines.

Les « veaux de Cherbourg » viennent d’Irlande. Le pays est un important producteur de lait. Or pour déclencher la lactation des vaches, il faut des petits qui tètent, au moins un par an. Les animaux qui naissent dans ces élevages, particulièrement les mâles, sont « des indésirables, des rebuts », explique Lesley Moffat. Selon les chiffres officiels, l’Irlande en exporte plus de 100 000 par an sur le continent.

Trajets interminables

Ce vendredi, les bétaillères qui débarquent devant nous sont à destination des Pays-Bas ou l’Espagne. Ces pays spécialistes de l’engraissage ne consomment que très peu de jeunes bovins. Alors après avoir été abattus, les veaux, cette fois sous forme de carcasses, feront encore des milliers de kilomètres en sens inverse pour finir dans les assiettes françaises ou italiennes. Le port normand est donc un passage obligé et un bon poste d’observation pour les ONG préoccupées par le bien-être animal.

« Pour des animaux aussi jeunes, être séparés de leur mère, subir des trajets aussi longs est terriblement douloureux. Selon la réglementation européenne, ils ne devraient pas passer plus de 19 heures dans les camions, sensiblement la durée de la traversée. À Cherbourg, il devrait donc y avoir un arrêt mais c’est loin d’être automatique », pointe Lesley Moffat, jumelles en main.

Les veaux non sevrés font le trajet vivants d'Irlande jusqu'à l'Espagne ou les Pays-Bas où ils seront engraissés, et abattus. Un vrai chemin de croix. (Crédits : C. Têche / Le Parisien)

L’immense ferry blanc à cheminée rouge apparaît pile à l’heure. Alors que le bateau est à des centaines de mètres, on entend déjà les meuglements des veaux. À raison de 280 bêtes par camion réparties sur trois niveaux, ce sont plus de 6400 veaux qui sont débarqués.

(…)

Nous suivons Monique, pimpante brunette, et sa collègue Margreet, en charge de la surveillance des bêtes prises en charge dans l’autre centre de repos, à Couville.
Les deux militantes venues des Pays-Bas enfilent leur gilet vert frappé « Eyes on Animals » et s’approchent des installations. Le logo est connu et l’accueil, plutôt rude. Des chauffeurs brandissent des bâtons dans notre direction en hurlant : « Dégagez ! Vous nous ôtez le pain de la bouche ! »

Il en faut plus pour impressionner le duo de choc.
Finalement, l’un des employés en bottes et combinaison verte leur ouvre les portes de ce vaste hangar. « C’est bien, vraiment bien », répète Margreet, face à la quantité de paille au sol. En revanche, elle tique sur le nombre de bêtes : 1 680 pour 1 500 places. Surtout, les veaux sont trop peu nourris : « Deux à trois litres de lait pour une journée, alors qu’il en faudrait deux fois plus », marmonne-t-elle.

Des militantes de Eyes on Animals surveillent les conditions de détention dans un centre de repos (Crédits : J.B Quentin / Le Parisien)
Nourrissons non-sevrés

Les veaux ne pensent qu’à téter.
À chaque camion déchargé, des centaines d’entre eux se précipitent vers nous pour suçoter le bas de notre manteau, de notre sac à dos ou le bout de nos écharpes. Les ouvriers agricoles, qui ont l’habitude, les mènent à l’abreuvoir en leur glissant un doigt dans la gueule, comme on calme un bébé de quelques jours.

Face à la force tranquille des deux militantes, même les chauffeurs les plus agressifs finissent par répondre à leurs questions. Dans les camions, les inspectrices remarquent que les « tétines » destinées à nourrir les veaux sont en réalité faites pour des porcs adultes. Les jeunes bovins peinent à les atteindre. Un conducteur de poids lourd se justifie : « On fait attention à nos bêtes, d’ailleurs on a arrêté d’aller à l’autre centre, qui leur donnait une misère en lait », assure-t-il.

Déshydratation

Outre le problème des tétines, l’accès permanent des animaux à l’eau et à la nourriture pendant ces voyages n’est pas garanti : des nourrissons peuvent ainsi rester sans boire pendant 9 heures. En pratique, certains ne peuvent rien avaler avant la fin de leur trajet. Le problème est connu : le 14 février, les députés européens ont voté une résolution demandant à limiter ces transports à 1h30. Les associations de défense des animaux L214 et Eyes on Animals souhaitent aller plus loin et se sont associées pour lancer une pétition afin que la Commission européenne interdise le transport des animaux non sevrés. « Les veaux, à peine sortis du ventre de leur mère, subissent plus de 50 heures de transport dans des conditions terribles, ils vivent un véritable enfer », estime Sébastien Arsac, fondateur de L214.

Pendant ce temps, l’équipe qui se présente devant le hangar de Tollevast, à quelques kilomètres, se fait recaler par le propriétaire. Les images filmées en caméra cachée montrent des manipulations brutales, des animaux tirés par les oreilles et même un employé sautant à pieds joints sur un veau au sol. L’un des animaux frappés, identifié grâce au numéro accroché à son oreille, est retrouvé mort le soir même. Les associations ont d’ailleurs porté plainte pour acte de cruauté contre l’entreprise qui gère ce centre.

(…)

Sur des images clandestines, on voit clairement le sadique placé en garde à vue sauter sur les veaux. (Crédits : L214)
Prise en chasse

Lesley Moffat, elle, poursuit un poids lourd rouge vif qui a tracé sa route. Les inspecteurs bénévoles s’échangent la plaque d’immatriculation par téléphone : « Oui, il est définitivement hors la loi ! » Sur les 23 poids lourds arrivés à Cherbourg, quatre ne se sont pas arrêtés. C’est illégal. Les militants parviennent à suivre deux des bétaillères jusqu’à leur destination finale aux Pays-Bas. Dans ce pays où l’ONG Eyes on Animals est plus connue, les directeurs des centres d’engraissement leur ouvrent les portes. Tout est en règle.

« Mais quelle règle ! soupire Lesley Moffat. Le plus triste, c’est quand les veaux sont enfin déchargés. Ils sont tout heureux de sortir de leur camion alors qu’on les conduit dans de minuscules cages sur caillebotis. Ils n’en sortiront que pour finir à l’abattoir. »
Auteur(s)
Émilie Torgemen
Auteur(s) de l'oeuvre
Publication complète
Titre, chapô, images, intertitres, infobulles
sont composés / sélectionnés par Canal Animal.
Les omissions au texte-source sont signalées par le sigle (…)
Morceaux choisis
Le dossier des veaux de Cherbourg est sur la table des ministres de l’Agriculture français et néerlandais depuis des années mais rien ne change
Pour des animaux aussi jeunes, être séparés de leur mère, subir des trajets aussi longs est terriblement douloureux.
À raison de 280 bêtes par camion réparties sur trois niveaux, ce sont plus de 6400 veaux qui sont débarqués.
Les veaux ne pensent qu’à téter. À chaque camion déchargé, des centaines d’entre eux se précipitent vers nous pour suçoter le bas de notre manteau, de notre sac à dos ou le bout de nos écharpes.
Les images filmées en caméra cachée montrent des manipulations brutales, des animaux tirés par les oreilles et même un employé sautant à pieds joints sur un veau au sol.
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Les omissions au texte-source sont signalées par le sigle (…)
Le dossier des veaux de Cherbourg est sur la table des ministres de l’Agriculture français et néerlandais depuis des années mais rien ne change
Pour des animaux aussi jeunes, être séparés de leur mère, subir des trajets aussi longs est terriblement douloureux.
À raison de 280 bêtes par camion réparties sur trois niveaux, ce sont plus de 6400 veaux qui sont débarqués.
Les veaux ne pensent qu’à téter. À chaque camion déchargé, des centaines d’entre eux se précipitent vers nous pour suçoter le bas de notre manteau, de notre sac à dos ou le bout de nos écharpes.
Les images filmées en caméra cachée montrent des manipulations brutales, des animaux tirés par les oreilles et même un employé sautant à pieds joints sur un veau au sol.
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