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Vendredi 26 Février 2021

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Ces rituels pour sublimer l'écorchoir de l'arène

Ce contenu est, implicitement ou non, plutôt défavorable au changement de statut des animaux en tant qu’êtres soumis aux caprices de la brutalité humaine.
Contenu issu d’un livre, d’une revue, d’un magazine
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GF
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Analyse
Article-source publié en
 Février 2011
Contenu central
Le paséo (défilé) aux arènes de Vic-Fezensac (Crédits : Le Petit Journal)
Corrida de muerte, ritualisations & symbolismes (L'esprit du temps)
Corrida de muerte, ritualisations & symbolismes (L'esprit du temps)
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Extrait de l'ouvrage / la revue indiquée dans le cadre des sources.

Autour de 1796, date de son premier règlement, la corrida mérite pleinement son nom de spectacle de mort, corrida de muerte.
Les corridas durent la journée entière ; on y mange, on y boit surtout. La piste, parfois coupée en deux, permet de voir deux mises à mort en même temps.
Un « bon » taureau éventre jusqu’à dix chevaux, puis plusieurs chiens. Les organisateurs offraient aux spectateurs quelques taureaux à tuer eux-mêmes.
En 1928, La protection du cheval par un caparaçon supprime l’étripement des montures et, donne la vedette aux matadors confrontés à des taureaux de belle apparence mais discrètement amoindris. Ils prennent des risques en s’approchant trop de l’animal, quelques toreros célèbres, tués en piste, conservent au spectacle la réputation abusive d’une extrême dangerosité.

Aujourd’hui, on sait que diverses manipulations du taureau rendent la mort humaine heureusement très rare. De constitutionnelle dans le spectacle, elle passe au rang d’accidentelle.
Seule demeure inéluctable la mort du taureau car, « en vingt ans, de 1961 à 1981, quinze taureaux ont été graciés. Ce qui représente 0, 0014526 % des bêtes tuées en corrida ».
Cependant, la mort de l’homme en piste reste un spectre, elle est même avouée comme désirable, l’ancien matador devenu chroniqueur Juan Posada déclare en 1982 : « il faudrait qu’un taureau tue un matador, une vedette. C’est nécessaire malheureusement »

Le suicide d’auteurs/acteurs majeurs de la corrida ombrage leur œuvre de leur propre mort.
Parmi les plus célèbres, se retrouvent Montherlant et Hemingway, Leiris sans succès mais à maintes reprises, le peintre Bernard Buffet, le créateur de la corrida contemporaine, Belmonte ainsi que notre malheureux Nimeno II.

Le réglement de 1796

Un livre scelle la corrida, une dizaine d’années après la médiatisation du spectacle par la nouvelle presse à grande diffusion, comme le Diario de Madrid, qui en conforte le succès. Ce traité, en réalité écrit par un érudit, est signé par un matador d’immense notoriété, Delgado, dit Pepe Hillo. Il y répond aux attaques contre ce nouveau spectacle qui l’enrichit fabuleusement, et en expose une technique, selon lui infaillible, mais qui n’a pas empêché sa mort en piste dès 1801. Cette première codification de 1796 est la clé de voûte des règlements ultérieurs ; elle fonde un vocabulaire technique de plus de cent mots.
En 1836, un nouveau traité, signé par le matador Francisco Montes, remanie à peine le précédent, il est en réalité écrit par l’ami du matador, Abenamar. Ce génie commercial invente l’impresario, la vénalité des articles de presse et une pseudo Filosofia de los Toros, réduite à la défense du spectacle.

(…)

Le règlement (de 1796) fixe définitivement les trois actes (tercio) désignés par leur arme, désormais maniée par un spécialiste attitré : picador Le picador (synonyme : piquero) est un torero à cheval dont le rôle consiste à piquer le taureau lors du premier tercio. Armé d’une pique de 2,60 mètres de long environ, il monte des chevaux semi-lourds qui pèsent obligatoirement moins de 650 kg aux yeux bandés et protégés par un caparaçon ou peto et des manguitos qui pèsent au total une trentaine de kilogrammes.(Wikipédia), banderillero« Peón » ou matador qui place les banderilles. Il intervient au cours du deuxième tercio d’une corrida. Le peón est un torero (celui qui affronte un taureau à pied ou à cheval) subalterne aux ordres du matador. Le matador peut lui-même faire office de banderillo. La banderille est un bâton d’environ 80 cm de long terminé par un harpon et orné de petites bandes multicolores, que l’on plante, dans les courses de taureaux, dans le cou de la bête., matador Le matador (de l’espagnol matar : tuer) est le personnage central de la corrida. Torero principal et chef de la cuadrilla (équipe du matador), c’est lui qui est chargé de mettre à mort le taureau. (Wikipédia) ou estocador.
On développe les effets théâtraux de l’estocade, qui consiste à planter l’épée par la pointe (sans l’utiliser « de taille », en tranchant par le fil). Parmi la quinzaine d’armes enfoncées successivement dans le corps de la bête, la plus noble, l’épée, reste au XVIIIe siècle un souvenir aristocratique, hautement symbolique, même si le peuple s’en empare, parce qu’elle implique un entraînement coûteux. L’invention d’une estocade L’estocade est le coup d’épée (« estoc ») par lequel, à la corrida, le matador met à mort le taureau. Elle fut longtemps l’acte principal de la corrida, celui par lequel le matador (tueur en espagnol) montrait son adresse et sa bravoure. Même si le taureau est blessé et fatigué, c’est un moment des plus dangereux car, selon les canons de la corrida, le matador doit porter l’estocade de face, se présentant ainsi dans le berceau des cornes du taureau. Avec les évolutions de la corrida, notables notamment depuis Manolete, la faena de muleta a pris une importance accrue. L’estocade reste cependant le point culminant d’une corrida et le moment qui détermine, du moins dans les arènes de qualité, l’attribution ou non de trophées au matador (Wikipédia) du taureau a fondé le spectacle en le différenciant des abattoirs d’où sortent la plupart des acteurs de la corrida. Il fallait surtout éviter de répandre le flot de sang des saignées alimentaires
Cette estocade témoigne de si bonnes connaissances anatomiques qu’on pourrait l’attribuer aux savants vétérinaires étudiant alors le rôle des poumons. Dans l’arène, la chute du taureau est obtenue par une asphyxie progressive, générée par des courses, des souffrances et des hémorragies externes limitées.

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Dans les faits, la lame bute souvent sur un os, réduisant son enfoncement à une « piqûre » vulnéranteDu verbe vulnérer : Blesser une personne, la rendre vulnérable par des actes ou des paroles blessantes, causer du tort, faire du mal (L’Internaute), mais non mortelle.
L’épée, inadaptée pour tuer un bovin, magnifie le matador, le distingue de l’abatteur, ennoblit ce roturier, puis l’enrichira, et s’adapte au scénario simpliste, qui exige que l’homme apparemment faible au début triomphe en définitive de l’apparemment fort (le taureau). Aujourd’hui, les armes blanches ajoutent à la corrida une connotation archaïque valorisante. Leur maniement consacré par le temps, certifie leur efficacité.
De là à attribuer un pouvoir réel ou magique à leur répétition, il n’y a qu’un pas, bien défini par Louis-Vincent Thomas : « Les gestes accomplis, les paroles prononcées sont supposés chargés d’une puissance obscure qui a prise sur la réalité ».

La ritualisation des armes peut être démontrée par son inverse, la mise à mort réelle du taureau affalé (tombé) au sol. En effet, après vingt-sept autopsies de taureaux tués dans l’arène, le vétérinaire Pierre Matté conclut, dans sa thèse (1927) : « l’épée abat, la puntillaLa puntilla est un poignard à lame courte et large destiné à achever le taureau après l’estocade (éventuellement suivie du descabello) dans une corrida. La puntilla est plantée par un des peones de la cuadrilla du matador, appelé pour la circonstance « puntillero ». Il intervient en phase ultime du combat, éventuellement après l’estocade ou le descabello (mise à mort du taureau par rupture du bulbe rachidien exécutée à l’aide d’une épée spéciale appelée verdugo). L’action du puntillero arrive après les combats à un stade où théoriquement il ne sert qu’à garantir la mort effective de l’animal après l’estocade ou le descabello pour éviter les mouvements réflexes du cadavre. Cependant il arrive fréquemment que le taureau affaibli soit encore conscient à ce stade. Dans un tel cas, si le puntillero manque son coup il peut remette involontairement le taureau sur pieds et déclencher la colère de la foule, obligeant le torero à descabeller. (Wikipédia) tue », c’est le puntilleroDans une corrida, le puntillero est chargé d’achever le taureau à l’aide d’une puntilla (poignard à lame courte et large), dont est dérivé son nom. Il plante cette puntilla entre la base du crâne et le début de la colonne vertébrale de l’animal, afin de détruire le cervelet et le début de la moelle épinière. Il intervient en phase ultime du combat, éventuellement après l’estocade ou descabello. Le puntillero, qui fait partie de la cuadrilla, est lui aussi un torero et non un peón. (Wikipédia) qui achève l’animal. Une fois tombé, selon le traité taurin commercial, le taureau n’appartient plus au matador, même si le puntillero porte l’habit de sa cuadrilleEquipe de toreros placés sous les ordres du matador et qui affrontent, à pied ou à cheval, le taureau. Cette équipe se compose de trois peones et de deux picadors, mais au boucher.

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Aucune ritualisation ne peut transfigurer les coups de poignard (puntilla) dans la nuque, démultipliés jusqu’à une trentaine de piqures, donnés par le puntillero (Béziers, octobre 1998). Ce dernier redoute des réactions désespérées du bovin qui, parfois, se relève. C’est le seul moment où apparaît le mot souffrance, dans l’expression « abréger les souffrances du taureau ». Un tel souci est en contradiction avec la nature même du spectacle, qui impose tant de blessures à l’animal. Faute de pouvoir ritualiser l’épisode, on l’occulte, par des rondes de cape, de la musique et le triomphe bruyant du matador.

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Vers 1830, le matador Montes entreprend de mettre en scène la corrida, sombrée dans la confusion après la disparition des premières « figura ». Il rénove, en particulier, le costume qu’il impose à toute la cuadrilla, brodé d’or pour le maestro, d’argent pour les subalternes. (…) Ce costume est une invention géniale pour gommer le carnage réel et évoquer une liturgie que suggère l’appellation actuelle d’« habit de lumière »
Aujourd’hui, la cérémonie d’alternative simule un rite de passage. On y voit une remise d’armes par un matador renommé à un candidat-matador. Elle était inutile lorsque les futurs matadors se formaient au sein des cuadrillas où ils finissaient par succéder au maître.

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Le puntillero Enrique Muñoz s'apprête à achever un taureau qui n'a déjà que trop souffert. (Crédits : Sevilla Taurina)
Langage indolore

Le vocabulaire technique abondant de la corrida est en effet un code échangé entre initiés. Tout postulant à l’aficion Passion pour la tauromachie (Wiktionnaire) doit apprendre ce langage ibérique, plus mystérieux pour les Français que pour Espagnols, qui savent que matador signifie tueur. Ces termes constituent un rempart efficace contre des réalités éprouvantes. On ne dit pas « arracher une épée enfoncée de 40 cm dans le thorax du taureau », ni « retourner le fer dans la plaie », mais « sacar la espada », comme si l’opération était indolore.
Dans une lettre (août 1939) J.P Sartre raconte en bon français cet affreux spectacle dont s’abstiennent les chroniques taurines pour qui la mise à mort n’est qu’une « entrée a matar », ou une « estocade concluante » due à « une entière » (soit 80 cm de lame enfoncés dans le thorax). Le vocabulaire technique fait à son tour l’objet d’un métalangage qui fonctionne comme un argot codé. L’écrivain Zocato, champion du genre, en use dans le Sud-Ouest pour des initiés qui savent rire d’une « demi-ration d’acier » ou de « douze entrées de ferraille »

Le dessinateur de Bande Dessinée Franquin dénonce l’aveuglement produit par un vocabulaire occultant. Ce génial artiste représente un taureau qui tue un matador. Le bovin exhibe fièrement l’oreille du matador et son pénis, embrochés sur ses cornes, comme le torero vainqueur qui brandit les oreilles et la queue sanglantes, prélevées sur l’animal. Cependant, les aficionados, sur les gradins, en pleine rivalité interprétative, ne s’aperçoivent pas de la mort du matador et prennent ces dépouilles pour les récompenses habituellement accordées au matador, (oreilles et queue). Un aficionado rabroue son voisin : « Si, si, il a bien eu les oreilles », affirme-t-il, et une aficionada espagnole confirme : « corto dos orejas y zizi ». On ne peut mieux dépeindre une déviance ritualiste où le « verbe voile la violence »

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Euphorisations

Sur les gradins, c’est une fraternisation provisoire qui se crée entre spectateurs et acteurs, (taureau exclu) lorsqu’un aficionado compétent (ou bien l’ami du matador) lance les olé si entendus et attendus, les battements de mains pour cadencer l’action du matador ou l’agonie du taureau, ainsi que le signal pour se lever et « mettre l’arène debout » afin d’obtenir des récompenses au matador.
Un plaisir intense est procuré par l’acte virtuel de donner la mort par l’épée du matador, que certains aficionados définissent comme un orgasme. Comme la jouissance bien connue du serial killer, il exige une répétition, souvent évoquée par l’aficion, honteuse de cautionner par sa présence tant de piètres corridas. Le moteur de la répétition est d’ailleurs intégré à la corrida où l’on ressasse six fois la même mise à mort. C’est bien le cas de rappeler que « le rite profane trouve sa logique dans son effectuation et se satisfait de son intensité émotionnelle »

Dans la trilogie euphorisante constituée par la corrida, le tabac et l’alcool, ces derniers sont très tôt remarqués sur les gradins andalous par les voyageurs. L’un d’eux mentionne que les hommes fument « de petits paquets de tabac enveloppés de papier ». La cigarettière Carmen immortalise une iconographie reprise en France par la gitane bleue de Seita, longtemps bienfaiteur de la corrida française. L’alcool français suit l’exemple espagnol de Xeres, le pastis Pernod reste l’un des derniers grands sponsors de la corrida française.

Les euphorisants supposent la présence d’une menace qu’il faut occulter, à la corrida, c’est une fascination pour la mort violente, qui le pousse à se délecter de la mort infligée à un animal puissant. L’acharnement mis par cet homme à nier sa propre violence, masque son effroi, car il redoute que cette dernière ne se retourne contre lui-même. La maîtriser, la minimiser par une ritualisation, rassure les autres et surtout lui-même.
À la suite d’Alexandre Dumas, puis de célèbres tyrans politiques, ces violents donnent volontiers des preuves de leur douceur, de leur amour pour les faibles, femmes et enfants, pour leur chien, et leur horreur pour la moindre trace de sang. De nombreuses déclarations se coulent dans ce moule, dès Alexandre Dumas, qui dit s’enfuir pour éviter de voir tuer une poule ; le promoteur de corridas Simon Casas assure qu’il ne tuerait pas une mouche, l’acteur aficionado Arditi déclare ne pouvoir supporter la vue d’une goutte de sang.

Le taureau est coupable

Au-delà de ces cas de ritualisation, un scénario rituel global est mis en lumière par E. Hemingway, dans son célèbre Mort dans l’après-midi. En voici la formulation : « Le premier acte est le procès, le deuxième est la sentence, le troisième est l’exécution »
Hemingway révèle une des sources majeures de la corrida, qui est la condamnation à mort d’un prévenu par un tribunal, dont la corrida imite la procédure, les rites et jusqu’aux procédés de l’exécution publique avec supplices.
Des similitudes frappantes entre les exécutions de justice et la corrida ont pu être détectées en 2005, grâce aux excellentes analyses d’historiens documentant les exécutions publiques en Europe.
Le mot « châtier » et son inverse « châtier » dénoncent la source judiciaire de la corrida où l’on dit : passe de châtiment, taureau insuffisamment châtié à la pique. Ces termes désignent le taureau comme coupable. Sa mise à mort, exemplaire et publique, est fictivement justifiée, car c’est le châtiment « qui donne son sens à l’exécution. » (Bastien, 2006).

Le jugement et la corrida se situent dans un lieu fermé, prétoire et place publique, close pour l’occasion, ou arènes, qui renferment à la fois les juges et les bourreaux. Selon la magnifique formule de Klebaner, les arènes sont « non pas clôtures pour la protection, mais clôture d’assignation »
L’entrée lente, solennelle et organisée en défilé des autorités dirigeant l’exécution et/ou la corrida, est annoncée : l’huissier crie : « La cour » ; l’orchestre ouvre le paseo (défilé), les hiérarchies qu’indiquent la position dans le groupe et les costumes, s’exhibent, l’hermine pour les uns, l’or pour les autres, Procureur et Premier Matador en tête.

L’alguazil L’alguazil, de l’espagnol alguacilillo, diminutif de l’espagnol alguacil (officier de justice) dont l’origine du mot est arabe (āl-wazir) est le « policier » de l’arène pendant la corrida.Au nombre de deux, ils sont placés sous l’autorité du président et sont principalement chargés de veiller au respect du règlement par tous les acteurs de la corrida. En dehors de la corrida de rejón et de la course portugaise, ils sont les seuls, avec les picadors, à se déplacer à cheval. (Wikipédia) à cheval, en tenue noire du siècle d’or espagnol, demande au président d’arène la clé de la prison (toril). L’homme condamné, fortement gardé, apparaît. Le taureau déboule dans l’arène. Selon les éthologues, l’animal, ébloui, traumatisé mettrait, une demi-heure à se rétablir.
Du côté des bourreaux et des juges, chacun s’en tient à un rôle rigoureusement défini : le juge juge, le picador pique, le matador estoque, sous l’autorité suprême des représentants de la loi, Procureur au prétoire, Président à la tribune de l’arène.
Tout, dans cette organisation représente et valorise la force, la hiérarchie, l’autorité, la permanence, donc la légitimité d’infliger une mort violente à un être vivant et sensible.

Selon Hemingway, « Le premier acte est le procès ». Dans le prétoire, le Président du tribunal lit le récit du crime horrifique. C’est l’étape judiciaire de « fixation du chaos », mais l’arène surpasse en cet instant le prétoire, puisque c’était en direct que le bovin commettait son crime, en encornant les chevaux (achetés à vil prix) d’où le cavalier-picador enfonçait sa pique dans le taureau. Après le réquisitoire du Procureur, le prononcé de la sentence de mort par le Président du Tribunal, autant que le mouchoir blanc brandi par le Président d’arène, est directement performatif.
Le premier des matadors en piste sollicite du Président, l’autorisation de tuer le coupable : bourreaux et cuadrilla se mettent à l’œuvre aussitôt. Très attentif aux supplices infligés, le Président de l’exécution (divers selon les pays) les dose et en régule les épisodes, tandis que le Président de corrida donne le signal pour passer d’une arme à l’autre (d’un tercio à l’autre).
Après avoir lardé le taureau de coups de lance, (selon les autopsies madrilènes de 1998, trois trajectoires de 22 cm, sur les premières vertèbres dorsales), on incruste en ses chairs un instrument d’auto-torture, six harpons qui cisaillent muscles et nerfs au moindre déplacement.

(…)

La réaction des publics confrontés aux mises à mort est étonnamment constante.
En corrida comme dans les exécutions, les alliances peuvent s’inverser entre la foule et le condamné : les assistants désapprouvent bruyamment ce qu’ils ont a payé pour voir, la souffrance du condamné dont le bourreau ou le torero ratent la mort.
Sofsky analyse magistralement cette inversion : « En ostracisant le bourreau pour cause de violence (une violence qu’ils ont eux-mêmes commanditée), ils prononcent leur propre acquittement »

Au XVIIIe siècle, loin d’être exceptionnelles ou de scandaliser, les parodies carnavalesques de pendaisons ou bien les minutieuses reconstitutions en scène d’exécutions publiques sont fréquentes, avant que l’Opéra ne s’empare d’un thème qu’il n’est donc pas étonnant de retrouver en corrida.
L’analogie des rites entre les exécutions judiciaires publiques et la corrida a été oubliée avec la fin des exécutions publiques, qui rassemblait les plus grandes foules de l’Ancien Régime et dont se délectaient nos aïeux.
Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve dans la corrida à peu près tous les rituels qu’adopte la justice ; ces deux institutions cherchent à légitimer leur violence, l’une envers l’homme, l’autre envers l’animal. Ce n’est pas davantage un hasard si, parmi les opposants à la corrida on découvre les adversaires réputés de la peine de mort, de Fleuriot de Langle à Emile Zola, de Jovellanos à Clémenceau.

(…)

Article indexé par Franck Isaac
La pétition en ligne ici
Crédits : Tauromachie & Feria du Sud ouest
Auteur(s)
Elisabeth Hardouin-Fugier
Auteur(s) de l'oeuvre
Publication complète
Revue-Source
Titre, chapô, images, intertitres, infobulles
sont composés / sélectionnés par Canal Animal.
Les omissions au texte-source sont signalées par le sigle (…)
Morceaux choisis
Dans l’arène, la chute du taureau est obtenue par une asphyxie progressive, générée par des courses, des souffrances et des hémorragies externes limitées.
On ne dit pas « arracher une épée enfoncée de 40 cm dans le thorax du taureau », ni « retourner le fer dans la plaie », mais « sacar la espada », comme si l’opération était indolore.
Les euphorisants supposent la présence d’une menace qu’il faut occulter, à la corrida, c’est une fascination pour la mort violente, qui le pousse à se délecter de la mort infligée à un animal puissant.
« Le premier acte est le procès, le deuxième est la sentence, le troisième est l’exécution » (Hemingway)
Tout, dans cette organisation représente et valorise la force, la hiérarchie, l’autorité, la permanence, donc la légitimité d’infliger une mort violente à un être vivant et sensible.
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Auteur(s)
Elisabeth Hardouin-Fugier
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Les omissions au texte-source sont signalées par le sigle (…)
Dans l’arène, la chute du taureau est obtenue par une asphyxie progressive, générée par des courses, des souffrances et des hémorragies externes limitées.
On ne dit pas « arracher une épée enfoncée de 40 cm dans le thorax du taureau », ni « retourner le fer dans la plaie », mais « sacar la espada », comme si l’opération était indolore.
Les euphorisants supposent la présence d’une menace qu’il faut occulter, à la corrida, c’est une fascination pour la mort violente, qui le pousse à se délecter de la mort infligée à un animal puissant.
« Le premier acte est le procès, le deuxième est la sentence, le troisième est l’exécution » (Hemingway)
Tout, dans cette organisation représente et valorise la force, la hiérarchie, l’autorité, la permanence, donc la légitimité d’infliger une mort violente à un être vivant et sensible.
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