Insulter un humain de porc, pour mieux violenter le porc

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Article publié le
 4 février 2019

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Aujourd’hui, le respect des animaux est une préoccupation majeure, à laquelle nous sommes de plus en plus attachés.
Mais la manière dont nous parlons des autres espèces reflète-t-elle cette évolution ?

Des études prouvent aujourd’hui à quel point les animaux ont des capacités uniques et fascinantes, et à mesure que ces connaissances se propagent, la société évolue pour prendre leurs intérêts en compte et faire diminuer leurs souffrances. 
Mais les qualificatifs qui les dépersonnalisent laissent entendre le contraire et les animaux se retrouvent, malgré tout, régulièrement impliqués dans nos tournures dérogatoires.

Expressions dérogatoires et infondées

Prenez n’importe quelle espèce et utilisez-la pour qualifier un humain; dans presque tous les cas il s’agit d’une comparaison injurieuse
Se faire appeler « une chienne, un blaireau ou une baleine » n’est d’ordinaire pas reçu comme un compliment. Pourtant, les chiens sont doux et dévoués, les blaireaux construisent des réseaux de tunnels complexes, faisant preuve de prouesses architecturales impressionnantes, les baleines communiquent de façon sophistiquée et tissent des liens sociaux aussi forts – voire plus – que les nôtres.

L’insulte “il a un caractère de cochon” fait oublier que ces animaux forts intelligents peuvent se montrer affectueux et joueurs.
Et l’expression « manger comme un porc » passe à côté du fait que ce sont en fait des animaux très propres, qui, si on leur en laissait l’occasion, se feraient des nids de paille et mangeraient dans un tout autre lieu que celui où ils se soulagent. Mais dans les élevages industriels qui les exploitent pour leur chair, ils sont parqués dans des enclos insalubres et contraints de marcher, manger et dormir dans leurs propres excréments.

Les expressions « avoir une cervelle de moineau » et « se faire prendre pour un pigeon » induisent également en erreur.
Les ornithologues ont recensé une quarantaine d’astuces et « inventions » utilisées par les moineaux pour obtenir de la nourriture, montrant que ces petits passereaux sont observateurs et inventifs. De récentes études révèlent que les pigeons sont capables de jauger les concepts abstraits que sont le temps et l’espace, à l’instar des humains et des grands singes.

Mais les expressions dérogatoires de ce genre ignorent les formes d’intelligence distinctes que présentent ces animaux, facilitant un manque de compassion à leur égard ainsi qu’une absence de protection – la plupart des pays classifient les pigeons et autres oiseaux « de ville » comme « nuisibles ». Il en va de même pour « bête comme une oie ou encore « être le dindon de la farce ».

Ces espèces ont des capacités cognitives différentes des nôtres, mais non moins impressionnantes (par exemple l’instinct et les aptitudes spatio-temporelles des oies qui leur permettent de se diriger avec précision et de migrer en fonction des saisons).
Malgré cela des dizaines de millions d’oies sont élevées pour le foie gras, gavées violemment à l’aide d’un tube en métal enfoncé au fond de leur gosier puis tuées de manière terrifiante pour que leurs foies malades et distendus soient consommés. Dans l’industrie du duvet, elles sont fermement maintenues par le cou ou par leurs ailes délicates et se font arracher les plumes par poignée, pendant qu’elles hurlent de terreur et de douleur.
Les dindes sauvages vivent près de 10 ans et sont des parents protecteurs et attentionnés, mais celles qui sont élevées pour l’alimentation sont généralement tuées alors qu’elles n’ont que 12 à 15 semaines. Elles sont suspendues à des crochets en métal puis gazées, ou plongées dans un bain électrifié pour les étourdir, mais elles sont souvent encore conscientes au moment où on leur tranche la gorge.

Il est très rare qu'une expression animalière ait un sens positif appliqué à l'être humain.

Lorsqu’on ignore les particularités de ces animaux et qu’on utilise des termes qui effacent les traits qui les rendent intéressants et uniques, on facilite leur exploitation, l’injustice qu’on leur fait subir et la violence qui en découle.

Certaines expressions normalisent leur consommation: « Se remplir le cimetière à poulet » ou « tuer le veau gras » par exemple.

Rappelons que les poulets vivent parqués dans des cages ou des hangars surpeuplés, sombres et insalubres, sont douloureusement ébecqués, souffrent de fractures, de blessures et de problèmes respiratoires dus à une prise de poids bien trop rapide que leur jeune ossature ne peut supporter, avant d’être tués pour finir rôtis ou en nuggets. Les veaux sont arrachés à leur mère peu après la naissance. Ils beuglent de tristesse, s’appelant l’un l’autre pendant des jours et tentent désespérément de téter les doigts des employés qui doivent les abattre pour qu’ils finissent en escalope.

L’on n’y pense pas forcément, mais les expressions « mordre à l’hameçon » et « noyer le poisson » découlent du registre de la pêche, soi-disant divertissement qui n’a pas sa place aujourd’hui et banalise la souffrance des poissons.
Aujourd’hui on sait ces êtres dotés de capacités cognitives impressionnantes et capables de ressentir la douleur lorsqu’ils sont transpercés par un crochet de pêche, tiré hors de l’eau où ils suffoquent lentement, sont matraqués ou découpés vivants.

Parallèlement, « prendre le taureau par les cornes » est hérité de la tauromachie, pratique cruelle à laquelle la majorité de la population française s’oppose aujourd’hui.
La plupart d’entre nous ne fouetterait pas un chat ni ne chasserait l’ours, mais nous disons « j’ai d’autres chats à fouetter » et « ne vends pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».

D’autres expressions banalisent la violence envers les animaux ou impliquent un manque de compassion à leur égard et de valeur donnée à leur vie: « ne pas casser trois pattes à un canard », « peser un âne mort »s’ennuyer comme un rat mort » en sont quelques exemples.

Même si elles sont bien ancrées dans la langue française et que nous les utilisons sans réfléchir, certaines expressions traduisent un mode de pensée qui reflète notre domination violente de ces espèces supposément « inférieures » qu’il est urgent de combattre sur tous les fronts.
En plus de lutter contre l’exploitation physique des animaux, efforçons-nous de faire évoluer notre langage afin qu’il reflète et propage nos valeurs de respect et de compassion envers tous les êtres – principes éthiques de plus en plus prévalent dans notre société.

Anissa Putois

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Anissa Putois

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Toute omission au texte-source serait signalée par la ponctuation (…)

“Prenez n’importe quelle espèce et utilisez-la pour qualifier un humain; dans presque tous les cas il s’agit d’une comparaison injurieuse”
“certaines expressions traduisent un mode de pensée qui reflète notre domination violente de ces espèces supposément « inférieures » qu’il est urgent de combattre sur tous les fronts”
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