Hall 5 • Idées

Animaliser l'humain pour mieux l'assassiner en masse

Analyse
1ere publication en
 1951
Animal Auschwitz
Le geste cruel débute quand l'œil du bourreau dépouille sa victime de toute forme d'humanité, en le rétrogradant au statut d'animal. (Crédits : Vegan Book)

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L’indignation que suscitent les cruautés commises diminue à mesure que les victimes cessent de ressembler aux lecteurs normaux, qu’elles sont plus brunes, « plus sales », plus proches des « Dagos »Terme méprisant et insultant pour désigner une personne, souvent à la peau foncée, d’origine espagnole, portugaise ou, italienne..
(…)
Peut être la schématisation sociale de la perception est-elle ainsi faite chez les antisémites qu’ils ne voient plus du tout les Juifs comme des hommes.

L’assertion courante selon laquelle les Sauvages, les Noirs, les Japonais ressemblent à des animaux, par exemple à des singes, est la clé même des pogromes. Leur éventualité est chose décidée au moment où le regard d’un animal blessé à mort rencontre un homme.
L’obstination avec laquelle celui ci repousse ce regard – « ce n’est qu’un animal » – réapparaît irrésistiblement dans les cruautés commises sur des hommes dont les auteurs doivent constamment se confirmer que « ce n’est qu’un animal », car même devant un animal ils ne pouvaient le croire entièrement.

Dans la société répressive la notion d’homme est elle-même une parodie de la ressemblance de celui-ci avec Dieu.
Le propre du mécanisme de la « projection pathique » est de déterminer les hommes détenant la puissance à ne percevoir l’humain que dans le reflet de leur propre image, au lieu de refléter eux-mêmes l’humain comme une différence.
C’est alors que le meurtre apparaît comme une tentative constamment répétée, dans une folie croissante pour déguiser en raison la folie d’une perception aussi erronée : celui qu’on n’a pas perçu comme un être humain et qui pourtant est un homme, est transformé en chose afin qu’aucun de ses mouvements ne mette en cause le regard du maniaque.

Theodor W. Adorno
(1903-1969)

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Morceaux choisis

“L’assertion courante selon laquelle les Sauvages, les Noirs, les Japonais ressemblent à des animaux, par exemple à des singes, est la clé même des pogromes.”
“celui qu’on n’a pas perçu comme un être humain et qui pourtant est un homme, est transformé en chose afin qu’aucun de ses mouvements ne mette en cause le regard du maniaque.”
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