Le “monde d’après” des uns sera le “monde d’avant” des autres. Celui des animaux, au premier chef. 
Ne nous leurrons pas.
Ce monde-là ne masquera pas celui que nous avons laissé derrière. Il n’est qu’une pure construction médiatique sans aucun fondement traumatique réel. Les réformes systémiques sont encore loin. Les japonais de 1945, après le passage de deux bombes atomiques, auraient été bien plus légitimes de parler d’un jour-d’après. De fait, il a eu lieu, et ce pays est passé du militarisme à la conquête des marchés du monde.
Mais à quel moment ce COVID-19 a‑t-il démontré son potentiel révolutionnaire ? La peste noire a éradiqué un quart de l’Europe, et la grippe espagnole a fauché 100 millions d’adultes, souvent entre vingt et quarante ans. Le COVID-19 est encore très loin de rattraper ces deux super-champions de l’infection humaine. Son seul fait d’armes est d’avoir paralysé une économie follement engagée vers une croissance perpétuelle, ainsi que ses affidés…
Ils sont brutalement sortis de leur aliénation métro-boulot-dodo et pour beaucoup, cela fut une révélation. Non, je n’ai pas besoin de m’épuiser à gagner toujours plus d’argent au détriment de mes relations familiales. Non, je n’ai pas besoin d’acheter tout un tas de choses futiles qui, somme toute, ne me rendent pas plus heureux. Oui, je me suis mieux dans ma peau alors que je suis pratiquement à l’arrêt. Le COVID-19 a permis de changer le consommateur en citoyen, de passer de la course aux biens à celles des liens. Certains ont pris la leçon de leur vie et vont tout changer, d’autres se frottent déjà les mains de revenir à leurs anciennes habitudes de la vie “normale”.
La vie “normale”, celle d’avant. Durant cette accalmie, je n’ai pas entendu un seul coup de feu dans les bois alentours. Ce printemps 2020 restera une période bénie pour la nature et les animaux qui ont pu entamer leur cycles de reproduction sans être menacés par les assassins des bois et marais. Une parenthèse enchantée refermée ce 11 mai où, n’en doutons pas, les tueurs voudront rattraper le temps perdu. On appelle ça l’effet rebond, et nul doute que beaucoup auront à coeur de changer cette nature apaisée en espace de terreur.